18.12.13

Flash back : Vivre ses rêves

Le présent fuit comme les pages d’un livre tournées par l’air du temps. Aussitôt apparu, il rejoint le passé. Et le passé, c’est le passé ! Pourquoi céder au fatalisme quand on peut lui préférer l’utopie. S’imaginer un futur, tracer une ligne que l’on guide au fil du temps pour que la rotative imprime les suivantes. Les choses ont beaucoup plus de chances d’arriver si elles sont appelées de nos vœux, c’en est même parfois troublant.

Le souvenir d’une pêche improvisée sur ce lac que la géographie, ou la providence, avait placé sur notre route, nous incita a en explorer un peu plus le potentiel. Lorsqu’il est possible de prendre des dizaines de poissons en quelques nuits, pourquoi s’en priver ? De plus, sortir un peu des sentiers que nous avions déjà battus n’était pas pour nous déplaire. Nous dressions donc un plan des plus simples et une table bien garnie. Le synopsis consistait à prendre un maximum de carpe avec l’espoir que le top de la pyramide s’invite à la curie. Nous savions avant de commencer que, comme la fois précédente, la pêche se ferait sur une zone de passage clairement identifiée, et que les autres cannes ne produiraient que quelques poissons bonus. Comme à l’accoutumée nous prévoyons d’alterner les départs. Cela évite de tergiverser pour savoir qui pêchera le meilleur spot et qui fera figuration. A ce petit jeu de l’alternance, j’avais eu la chance de prendre les plus gros poissons la fois dernière, sur les cannes de Cédric. Je lui laissais donc la zone de passage sans aucun regret.
Comme prévu, après deux nuits de pêche, une seule des huit cannes est productive. Nous en sommes à une bonne douzaine de carpes, uniquement des miroirs à l’écaillage stéréotypé, calibrées à vue de nez, entre 8 et 12kg. Les poissons n’étant actifs que de nuit, nous basculons doucement en mode vampire, yeux rouges et duvet sarcophage le jour, n’en sortant qu’au clair de la lune pour nous sustenter.
En début de troisième nuit, un de mes montages est enfin pris. Je ramène une petite commune qui m’oppose la défense d’une vieille chaussette, puis pars retendre en bateau. A mon retour, Cédric m’annonce qu’il a piqué une nouvelle miroir et que la prochaine est pour moi. Nous devons en être à une quinzaine de poissons. Quatorze miroirs clonées prises sur la zone de passage exploitée par Cédric, pour une commune bonus de mon côté. Je ravale mon orgueil et lance à Cédric que de toute façon je ne prends que les poissons atypiques, moâ môssieur, enrichissant par "tu vas voir la prochaine je te sors une koï de l’espace".
Je dois reconnaître que dès la seconde nuit, le fait de ne pas toucher plus de poissons sur mes cannes commençait à me gonfler. Dès lors je savais que deux alternatives s’offraient à moi. Soit changer de poste, soit continuer à partager les départs. Pour augmenter le nombre total de nos prises, il aurait mieux valu que je bouge. Mais comme nous étions venus pour pêcher à deux, autant faire contre mauvaise fortune bon cœur.
En milieu de troisième nuit, la pluie me réveille. Des cordes s’abattent sur nos abris, celles qui vous font espérer qu’il n’y aura pas de départ dans les minutes qui suivent. Il n’y en aura pas. Je me rendors. J’ai cet avantage sur Cédric, qui lui n’arrive pas à trouver le sommeil depuis deux nuits. Sa jalousie le pousse à dire que je suis narcoleptique. C’est en partie vrai, je profite de chaque demi-heure tranquille pour recharger les batteries en attendant qu’un Delkim me réveille. Cédric ferre puis, comme convenu, me passe le relais. "C’est à toi". Je combats le poisson pendant qu’il va enfiler ses waders et la tenue de pluie. Il entre dans l’eau, l’épuisette à la main. Le poisson ne semble pas bien lourd mais, comme les autres, bagarre vaillamment avant de rejoindre l’épuisette.
Moi – Alors cette koi ?
Cédric, agar, la tête dans le filet (et pas que) – Comment tu sais ?
Moi (croyant Cédric joueur) – Je te l’avais dit, non ?
Cédric – Arrête, c’est vraiment une koï !!!!
S’en suit à la lueur de nos frontales un moment d’hilarité mêlé d’incrédulité… Nous étions venus avec l’espoir de toucher un poisson sortant du lot, par son poids voire son écaillage, mais en aucun cas nous ne savions, ni même n’imaginions qu’il pouvait y avoir un tel poisson dans ce grand lac. Je l’ai pourtant appelé de mes voeux. A force de se dire que les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain, je me demandais au petit matin si je n’avais pas rêvé et si j’allais vraiment sortir un poisson jaune orangé du sac.

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